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23
Oct
2018

L'ARES à Montignac : "Solitudes en Périgord"

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Montignac - Société

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Le débat sur le thème "SOLITUDES EN PERIGORD" a eu lieu à Montignac le 18 mars 2015, avec Jean François Durand, directeur du CCAS de Bergerac. Cette rencontre entrait dans le cadre du cycle « rencontres de proximité », suite à la rencontre « Voisin, voisinage et tolérance », du 12 novembre dernier.

Jean François Durand, directeur du CCAS de Bergerac, participait à la réunion en temps qu’expert. Il a présenté l’élaboration d’un document-référence (« Solitude en Périgord » avec J.L. Favard et N. Geneste) pour Diacona et la venue du Président National de Caritas à Périgueux. Il est chaudement remercié pour être venu de loin remplacer, au pied-levé, J.L. Favard souffrant. Sont remerciés également Annie, Béatrice, Elizabeth, et Bernard qui ont préparé cette réunion.

Un bref résumé de la réunion « Voisins, voisinage et tolérance » est exposé. Les bonnes relations de voisinage peuvent être de nature et qualité différentes : les très fréquentes relations tolérantes (« Ils ne m’embêtent pas »), ou les constructives (« nous nous aidons mutuellement ») ou les relations aidantes et fraternelles (sans conditions). Certaines personnes n’ont pas de relations de voisinage, et ne les souhaitent pas, préférant se refermer sur leur foyer. Il existe aussi, hélas, des situations avec relations conflictuelles où, en dernier recours, l’arbitrage de la Loi est nécessaire.

La rencontre était consacrée au manque de relations interpersonnelles ; il ne s’agit pas de la situation où des individus ont choisi, pour des raisons qui leur sont propres, de s’isoler volontairement, mais de situations de vie où l’isolement est vécu douloureusement et/ou constitue un handicap à l’épanouissement de la personne.

Personnes isolées en EHPAD : solitudes ?

L’isolement des personnes âgées en EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) est une opinion partagée par beaucoup. EHPAD est le nom actuel des Maisons de retraite ayant succédé aux Hospices eux-mêmes successeurs des Hôtels Dieu (celui d’Hautefort a été créé au XVII° siècle). La solitude est relative : statutairement la personne âgée est entourée par du personnel soignant, jour et nuit. Il existe aussi une vie sociale dans l’établissement avec possibilité de relations amicales. Cet accompagnement remplace t il cependant les visites de l’entourage familial et les anciennes amitiés ? Ces visites sont de fréquences très variables selon les résidents et aussi les établissements. La vie actuelle avec la dispersion géographique des familles, la distension des liens locaux… ne favorise pas la venue des proches ; d’autant que la personne âgée a vu disparaitre beaucoup de membres de son entourage familial et amical.

Une infirmière travaillant dans ce cadre estime à environ 15% des résidents la population qui ne reçoit pas ou très peu de visites. Des visiteuses (bénévoles) de résidents en EPHAD présentes signalent une plus grande fréquence de personnes « abandonnées » dans d’autres établissements. Une explication est avancée : recrutement de résidents plus âgés ? plus déficitaires ? avec une résidence d’origine plus éloignée ?… L’entourage familial, y compris les enfants, de ces personnes très très âgées est parfois décédé ou handicapé. La famille et les aidants « naturels » peuvent, eux aussi, souffrir de se trouver isolés, seuls face à la souffrance de leurs parents.

Un témoignage, et un exemple de fraternité, est apporté par trois visiteuses (bénévoles) en EPHAD, présentes dans la salle. Elles visitent et réconfortent, hebdomadairement, les résidents des EPHADS de Terrasson nouant des relations avec beaucoup, faisant lien avec les familles souvent. L’une de ces visiteuses poursuit cette activité depuis 24 ans.

En EPHAD, la solitude est une réalité spécifique pour certains résidents, pour des familles, entrainant souffrance et altération de la qualité de vie de nombreuses personnes. Cependant il est souligné que de nombreux résidents se trouvent très bien dans cette institution, tissant un solide réseau de relations.

Les proches, les investissements sociaux et la solidarité de bénévoles compensent, en partie, l’isolement des résidents quand il existe.

Les familles monoparentales : un facteur de risque d’isolement.

En France actuellement 20% des familles sont monoparentales (1 700 000 familles) dont 40% vivent en dessous du seuil de pauvreté. Leur proportion s’accroit : depuis 1968 leur nombre a été multiplié par 2,5. Les raisons possibles sont : divorce ou séparation, refus du père de reconnaitre l’enfant, refus de la mère de vivre avec le père, refus du mariage…

On rencontre beaucoup plus de mères (avec leur enfant) isolées que de pères, à la suite des jugements de séparation.

En outre les femmes séparées, surtout avec enfant, se remettent moins souvent en couple que les hommes. Le foyer passe de 2 à 1 voire 0 salaire. Entre le temps consacré à l’éducation des enfants, le manque de crèche accueillant les enfants pendant les horaires de travail, en particulier la nuit, il est difficile de trouver un emploi, surtout dans une période de chômage élevé.

L’isolement démultiplie la détresse morale et financière. Cela peut entrainer des dérives où la rencontre avec l’alcool ou différentes addictions est assez fréquente. Ce mode de vie renforce la désocialisation, l’isolement et éloigne un peu plus du travail. Un « cercle infernal » se constitue. Cette situation peut dégénérer, en ultime stade, à l’extrême précarisation des sdf. Précision : en 2011 il y avait en France 112 000 SDF dont 31 000 enfants (55% nés à l’étranger).

La détresse de ces femmes isolées entraine des préoccupations pour les enfants. Ils sont souvent très isolés, la mère ne pouvant seule assumer toute la charge éducative et le « référent masculin » étant absent ou flou. De plus la médiocrité du logement peut entrainer des réticences à inviter des petits camarades ou des voisins. Des carences éducatives en découlent pouvant entrainer des difficultés scolaires et/ou caractérielles.

Des points de vue et questionnements divers sont exposés.

Exemple particulier d’aides au logement couvrant la presque intégralité du loyer par la CAF : comment expliquer alors que des familles se retrouvent à la rue sinon par une gestion désastreuse du budget familial ? pauvreté intellectuelle ? culturelle ?…

Rapporté également des cas de familles ayant peur des services sociaux et vivant en marge, par crainte de se voir retirer leurs enfants. Peur fantasmatique ? effet de l’extrême isolement, la mère s’appropriant pathologiquement ses enfants, comme ultime refuge ?

Il est remarqué que la précarité est un état qui n’entraine pas obligatoirement l’isolement. Même dans le dénuement, des familles ou des personnes restent dans un riche réseau de relations ; parfois entre pairs (squats, solidarité familiale, associations…). Inversement l’aisance financière ne prémunit pas contre la solitude. Isolement et précarité ne sont pas synonymes !

Tricheries et escroqueries sociales existent : fausses déclarations, minorations, dissimulations… Elles ne doivent pas déconsidérer l’indispensable aide sociale, ne serai ce que pour ne pas répliquer le phénomène de désocialisation de générations en générations.

Nouveaux habitants : désir et volonté d’entrer en relation ?

Réflexions et échanges se font après le témoignage d’un couple, nouveaux habitants du Lardin. Après leur emménagement, ce couple ne connaissait personne dans son nouveau lieu de résidence. Ils ont immédiatement eu la volonté « d’aller au contact » de leurs nouveaux voisins. Des liens se sont noués, après un pot d’accueil qu’ils ont organisé pour se présenter. La relation s’est établie, « pas avec tout le monde, mais avec beaucoup ». Ces liens ont favorisé de nouveaux contacts avec des personnes mais aussi avec des clubs, associations, des groupes d’amis… Il y eut des impasses (« on ne peut pas plaire à tout le monde »), mais ils ont rapidement tissé un réseau dense, s’investissant durablement dans les associations (jusqu’à devenir Présidente !)

La clé de cette insertion sociale réussie est, selon eux, le fort désir d’entrer en relation et la volonté « d’aller », de faire la démarche de rencontrer l’autre. Il ne faut pas attendre des voisins, installés, l’effort des premiers échanges. Ils ne sont pas aussi demandeurs, insérés qu’ils sont dans leur propre réseau de connaissances, souvent ancien et solide.

De nombreux participants reconnaissent l’importance du désir, de la volonté et de l’effort effectif nécessaires pour tisser une toile relationnelle quand on n’a pas de contacts. Il ne faut pas uniquement se plaindre de solitude, et tout attendre des autres, il faut aussi faire la démarche active de rencontrer l’entourage, personnes et groupes constitués !

Ces principes concernent la grande majorité des gens ; mais quid des personnes gravement isolées ? Les grands timides, les phobiques sociaux, les handicapés, les grands malades… Pour eux, qui en ont peut être le plus besoin, la démarche est plus difficile, parfois impossible si ce n’est pas l’entourage qui prend l’initiative de la rencontre.

Par ailleurs il est souligné « le piège des réseaux sociaux, d’internet ». De nombreux et fréquents contacts sur Facebook… ne sont pas signes de socialisation. Au contraire le temps passé devant l’ordinateur est perdu pour des rencontres véritables. Les nombreux « amis  Facebook » qui vous « like » vous laissent bien esseulé et vulnérable devant les difficultés de l’existence ! On est dans une illusion de rencontre, illusion pouvant déboucher sur une addiction, stade ultime de l’isolement.

Des responsables du Secours Catholique de Montignac exposent les rencontres qu’elles ont pu faire dans leur activité bénévole avec des personnes dans la précarité, souvent très isolées. A partir de demandes matérielles indispensables pour couvrir les besoins élémentaires, il est offert l’occasion de nouer une relation durable, une opportunité de rompre l’isolement. Ce travail est indispensable et souvent bénéfique, mais rencontre des résistances, « encore faut-il le vouloir (rencontrer les bénévoles) ! »

Enrichissement mutuel dans une rencontre vraie.

C’est au cours d’une expérience singulière qu’un participant a rencontré la grande pauvreté relationnelle. Une mission (catholique) s’est fixée pour objectif d’aller à la rencontre, à domicile, des terrassonnais dans leur diversité. Les rencontres étaient donc aléatoires, et parfois rejetées par les visités. Les rencontres, quand elles ont eu lieu, ont révélé une proportion insoupçonnée de détresses et de misères. Elles ont permis aux missionnaires une réflexion sur la rencontre tant du point de vue du visité que du visiteur.

Les détresses rencontrées sont de nature diverses ; on peut les regroupées en misères sociales et misères relationnelles, les deux étant liées parfois. C’est les cas multiples de familles ou de personnes isolées qui ne reçoivent visite de leur enfant (adulte) qu’en début du mois, pour demander une partie de la retraite ; ou de personnes n’ayant plus du tout de nouvelles des enfants, partis dans une autre région ou refusant les contacts ; de personnes recluses, avec une mobilité réduite, n’ayant plus de relations sociales… Toutes détresses silencieuses et invisibles.

Les personnes souffrant d’isolement ne trouvent pas les ponts nécessaires pour créer des liens. La visite des intervenants a constitué une bouffée d’humanité pour ces personnes en demande de relation. Elles souhaitent la poursuite de ce contact, de ce lien avec la vie sociale. De plus mettre des mots (écoutés) sur les maux constitue un soulagement.

Si le visité « trouve son compte » dans cette rencontre, le visiteur en tire parfois « une grande joie » : joie de rencontrer une personne insoupçonnée, joie aussi d’être utile à son prochain. Joie aussi de se découvrir. De son point de vue nous avons devoir, quand nous avons connaissance de ces détresses de faire des appels à sortir de chez soi. Il est important d’imaginer des lieux de parole et d’échanges. « Notre propre solitude, liée à notre condition humaine, peut et doit trouver une issue dans la prise de responsabilité pour que d’autres ne vivent pas dans la solitude ». « Les amitiés engagées nous font vivre, mais pas seulement ; elles donnent de surcroit à d’autres l’envie de vivre ». « En résumé ne pas oublier que c’est en brisant la solitude des autres que l’on a le plus de chances de briser la notre ».

Une participante, fait part des grandes satisfactions qu’elle retire de ses visites en ehpad comme visiteuse bénévole et aussi des visites qu’elle fait régulièrement aux personnes âgées isolées de son village. Leur expérience, leurs connaissances mais aussi les instants joyeux sont un grand enrichissement.

Il est remarqué qu’une règle nécessaire à la qualité de la relation est de « ne pas forcer », de respecter la dignité de la personne. J.F.Durand dit que l’on doit ménager « un espace de liberté, la personne restant maitre de son destin, de faire ses choix, même si ils ne nous conviennent pas ; on doit respecter ça ». Il est fait remarquer que la réalité de la solitude est aussi un problème culturel : parmi les gens du voyage, des communautés immigrées… les personnes agées ne vont pas en ehpad, les isolés sont entourés… J.F.Durand constate une évolution dans ces populations vers un plus grand individualisme et donc une perte de ces solidarités naturelles.

Solitudes des plus vulnérables.

Les handicapés, les grands malades (en particulier à mobilité réduite ou nulle), les psychotiques (2% de la population), les prisonniers… toutes les personnes des « bordures de la société » sont souvent dans une grande solitude.

Cet isolement est aggravé par la diminution des services publics (facteur, médecin…), en particulier en milieu rural.

Les personnes en fin de vie et leur famille sont dans un drame qui les isole alors qu’ils ont un besoin très important d’étayage et d’échanges. Une bénévole d’Alliance 24 (cf c.r. de Novembre 13 sur ares-prigord.fr) fait part de son expérience : elle visite, dans un cadre bien établi, des patients en fin de vie à domicile ou à l’hôpital. Elle constate l’aide précieuse, dans ces instants douloureux et angoissants, apportée par une relation bienveillante et ouverte, recueillant la détresse d’une personne et de sa famille, dans une écoute discrète et tolérante.

Un beau projet innovant.

Constatant la solitude de personnes âgées sur la commune, la municipalité a engagé une réflexion et initiée un projet à La Bachellerie. Un groupe de « visiteurs » (bénévoles) se constitue avec le projet de rencontrer les personnes isolées à domicile. L’objecif est d’entrer en relation, régulièrement et de façon suivie, avec les personnes âgées de la commune hebdomadairement ou bi-hebdomadairement. Ces rencontres peuvent se faire autour de discussions, ou de jeux (belote, scrabble…), de promenades, marches, lectures… Ces rencontres sont offertes cordiales et libres. Une spécificité, déjà testée en Corrèze, consiste en un maillage serré (avec donc aucune personne exclue ou oubliée par la mise à disposition de ce cadre) du territoire de La Bachellerie. Ce dispositif ne viendrait pas se substituer au travail des aides ménagères, en ne prévoyant qu’un contact, amical, sans travail ou fonction prévus. Toutes les personnes sont invitées à ces rencontres avec totale liberté d’accepter, ou pas, cette opportunité..

Après le choc de la canicule, qui avait sensibilisé la population aux dangers de l’isolement des personnes âgées, cette initiative semble vraiment opportune et adaptée.

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