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23
Oct
2018

Geneviève Demoures : Pensez-vous que la vie a un sens ? Débat profond à l'ARES

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EWANews - Portraits

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Article du 3 juin 2018. C'était le 23 mai dernier, la petite salle Saint Laurent à Bersac était comble, et tout ce monde était venu écouter Geneviève Demoures parler d'une question qui concerne, certes, tout un chacun, mais qui invite à des réflexions si profondes et complexes que peu de gens osent s'attaquer à un si lourd sujet: "Pensez-vous que la vie a du sens?, que la vie a un sens?, quel sens donner à la vie, à sa vie?"

Or l'intervenante, Geneviève Demoures, psycho-gériatre à la retraite, a non seulement eu le courage de se saisir de ce sujet, mais elle l'a traité avec beaucoup de clarté et d'authenticité, évitant l'écueil de l'abstraction en ancrant son propos dans l'expérience concrète de sa propre vie professionnelle ou familiale. En fondant ses analyses sur des définitions et distinctions conceptuelles structurantes, elle a permis à l'assemblée de penser le sujet avec elle, et de prendre part à la réflexion durant le débat qu'elle a su à la fois ouvrir et nourrir de ses réflexions, avec beaucoup de pertinence et de vivacité. Un certain nombre de personnes se sont librement exprimées, conformément à l'esprit de dialogue qui anime ces réunions de l'Ares, mais toutes les individualités présentes, même silencieuses, recentrées chacune sur sa propre histoire, en ressentant aussi dans le partage la proximité de leurs inquiétudes existentielles, sont sorties enrichies de cet échange profondément humain. S. D.

- Photo : Henri Delage, responsable de l'ARES, l'atelier de réflexion éthique et sociale, accueillait Genviève Demoures devant une salle comble, environ 50 personnes

- Pour ceux qui voudraient trouver ou retrouver l'essentiel de la communication de Geneviève Demoures, nous publions ici les notes qu'elle a très aimablement remises à Henri Delage pour Ewanews :

"Le sujet est très vaste et, modestement, nous allons esayer de réfléchir ensemble. Comme vous le savez, je ne suis pas philosophe, simplement médecin gériatre, en retraite depuis peu, mais aussi présidente de France Alzheimer pour la Dordogne, participant aux travaux de l'espace éthique sur les maladies neuroévolutives. Enfin, mère de 4 enfants, grand-mère bientôt de 7 petits-enfants et aussi fille d'une vieille dame qui perd la tête et ne sait plus trop si je suis sa fille, sa mère ou sa soeur... C'est de toutes ces places que je compte réfléchir avec vous, en ajoutant aussi la foi chrétienne qui m'anime au coeur de la rencontre humaine.

Si l'on veut essayer d'y voir plus clair, commençons par nous interroger sur le sens du mot "sens", avec trois significations : la direction, la signification et la sensibilité. La direction est relative à un but, autrement dit une existence ne prend sens que lorsque ce que l'on fait mène à quelque chose, lorsque le présent conduit à l'avenir. mais si l'on identifie sens et direction, alors la vie que l'on mène semblera toujours ailleurs et le bonheur pour demain, car la plupart des buts s'éloignent lorsqu'on les atteint et c'est ce qui conduit la pensée religieuse dans son ensemble (toutes les pensées religieuses) à ne donner sens à la vie que par rapport à un au-delà d'où son son insistance sur l'espérance.

Le sens ne serait donc pas uniquement direction mais aussi  signification.

Signifier, c'est faire signe, faire signe dans la parole, impliquant une altérité, nos vies ont du sens dans la mesure où nous sommes capables de leur en donner par la relation à un autre que soi.

Mais la question du sens renvoie à la question du rapport au temps : mon présent prend sens par rapport au passé qu'il accomplit dans la fidélité et les loyautés qui m'accompagnent, mais aussi à l'avenir qu'il prépare, mes projets à moi, mais aussi le devenir collectif.

Pour autant, la présence sensible au présent, dans ce qui nous autorise à savourer les petits bonheurs quotidiens, complète ces trois significations : direction, signification et sensibilité.

Alors pourquoi la vie devrait avoir un sens ?

Les grands systèmes philosophiques et religieux de l'humanité se sont tous emparés de cette question essentielle. Pour Platon, le sens de la vie est d'atteindre la forme de connaissance la plus pure qui soit. Pour Aristote, il s'agit de rechercher le bonheur suprême. Alors qu'Epicure met en avant le plaisir tranquille dénué de souffrance...

Les Stoïciens prônent une vie en harmonie avec le Logos (la parole), le principe d'ordre de l'univers, par une maîtrise de soi dépassionnée, la pensée libérale met en avant la recherche de la liberté par le travail et la propriété, d'autres courants prônent l'amélioration de l'espèce humaine grâce à la technologie... Enfin, les différents courants spirituels orientent le sens de la vie vers une conception de l'Eternité selon que l'on est fidèle ou pas aux lois du Coran pour les musulmans, la suppression du soi intérieur pour devenir un avec l'absolu cosmique et être délivré du cycle des réincarnations pour les hindouistes, chez les bouddhistes, la recherche de l'illumination permet d'accéder à la fin de la douleur et de l'illusion de soi, enfin dans la Bible la réconciliation avec Dieu est la porte de la vie éternelle et permet à l'homme d'être sauvé.

Dans nos sociétés occidentales où le relativisme règne en maître, nos contemporains désireux de se libérer de tout système de pensée refusent souvent d'admettre que la vie pourrait avoir un sens absolu et collectif; on ne compte pas toutes les publications prônant le bien-être individuel, la connaissance de soi, le développement personnel et la réconciliation avec son être profond, etc...

En effet, le sens de la vie sur terre peut nous apparaître comme absurde à cause de la mort qui vient frapper chacun de nous, parfois prématurément, laissant les questions sans réponses, souvent dans des conditions difficiles ou absurdes, toujours avec douleur.

C'est ce que nous livre Albert Camus, philosophe de l'absurde, quand il dit : "si la vie avait un sens, on ne le chercherait pas". L 'absurde étant la rencontre inévitable entre la détresse de l'homme et l'indifférence du monde... Alors, à part se mentir à soi-même, comment trouver du sens au coeur d'un réel qui ne répond à aucune question ?

Je citerai une phrase du photographe Brassaï : "on se demande parfois si la vie a un sens... et puis on rencontre des êtres qui donnent un sens à la vie".

En effet, ces questions, pour importantes qu'elles soient, sont quand même l'apanage des riches que nous sommes, car nous n'avons pas à lutter pour notre survie. Au contraire, les personnes très pauvres, démunies de tout, de nourriture, de terre, d'espoir, tentent tout simplement de survivre au jour le jour sans s'interroger sur le sens de leur existence. Ce qui peut les aider à vivre, ce qui peut les soutenir au-delà de la recherche de nourriture, ce sont peut-être les liens familiaux, amicaux, communautaires.

Comment ne pas être interpellés par le regard des petits enfants affamés et de leurs mères en République du Congo, par les regards fous des enfants soldats, par la détresse des migrants sur leurs embarcations de fortune, par les images des camps de concentration où la folie humaine avait fait perdre la raison et continue à questionner sur le sens ?

Comment ne pas être interpellés encore par cette vénération de ceux qui produisent, avec le regard condescendant posé sur les assistés et les improductifs au sein desquels les vieux, malades ou non, se vivent comme une charge ?

Comment ne pas être interpellés par ceux qui défendent les avantages acquis, ceux qui ne peuvent vivre dignement de leur travail, et ceux qui sont envahis par la peur d'être abandonnés parce que trop dépendants ?

Comment ne pas être interpellés, enfin, face aux enjeux écologiques pour notre planète, aux ravages induits par toujours plus de profit, face aux armes qui ne cessent de proliférer, y compris dans une grande puissance mondiale... Quel sens produit cette course en avant ?

Le doute peut alors légitimement s'installer sur le sens de la vie, d'autant que si tout ce qu'on a appris ne sert à rien, alors pourquoi en garder la mémoire ?

Et si l'on n'imagine pas d'avenir qui permette l'épanouissement, comment ne pas se tourner vers un passé souvent fantasmé, dont la lecture ne correspond plus au présent, et qui devient source de repli ?

L'oubli dans lequel la société maintient certains groupes de population ne peut conduire qu'à la violence ou aux maladies de l'oubli, car il vaut peut-être mieux perdre la mémoire que de constater qu'on n'appartient plus à l'histoire du présent.

Il nous faut alors chercher ce qui donne sens...

Le philosophe Michel de Montaigne écrivait dans les Essais "Que philosopher, c'est apprendre à mourir". Et Cicéron  affirmait que toute la sagesse du monde se concentrait en un seul point : "nous apprendre à ne pas craindre de mourir".

Est-ce que vivre pour préparer sa mort serait le sens de la vie ? Mais alors, si la mort est aussi inéluctable et absurde, pourquoi donc génère-t-elle autant d'angoisse ? Notre quête de sens se perd alors dans le néant de notre finitude...

Cependant l'être humain a toujours gardé en lui une aspiration d'éternité... pour lui-même ou pour l'humanité.

Et au coeur de cette espérance se trouve la parole. C'est la parole qui fonde l'avenir, qui promet l'avenir en ouvrant le temps présent. "Au commencement était la Parole et la parole était avec Dieu et la Parole était Dieu (Jean1)"

La parole permet la rencontre, la rencontre avec soi et la rencontre avec l'autre. C'est la parole qui fait sens dans nos relations humaines. Nous sommes membres les uns des autres ; et l'épanouissement de chacun n'est pas, à mon sens, accumulation de performances, de richesses, voire de connaissances, il s'agit là d'accumulation. Au contraire, le sens de toute une vie est plutôt dépouillement et c'est en celà que vieillir peut se comprendre comme le moyen d'apprendre à se dénuder de tout ce qui n'est pas essentiel.

Vieillir pourrait être un chemin où l'on réécrit son histoire afin de la rendre plus accceptable, pourrait être la mémoire d'une révolte contre les mesquineries, le conformisme et les postures...

Comme prix à payer pour être enfin libre : "accéder à une vie bonne, avec et pour autrui dans des institutions justes" ainsi que le dit Paul Ricoeur.

Tel est sans doute le sens d'une vie, construite depuis l'enfance, pas à pas, afin que chacun de nous puisse en faire un destin, non pas égoïstement mais au coeur d'une générosité sans cesse mise en oeuvre...

Nous ne maîtrisons ni l'origine, ni la fin et en cela le sens de la vie peut paraître absurde; le Politique (avec un P au sens large) est arrachement à la fatalité dans ce qu'il permet la fécondité sociale de chaque être humain et traduit ce que chaque homme possède en commun dans une exigence à Se penser et non à subir les mirages du paraître et de l'avoir...

C'est ce que m'ont appris les personnes qu'ont dit "insensées" à travers les colères et les étrangetés de leur comportement, à travers les mots balbutiés pour tenter la rencontre, à travers le temps suspendu qu'ils habitent où le passé et le présent se mêlent, à travers cette quête inlassable de la  rencontre...

Mais sans doute avez-vous aussi fait d'autres expériences de ces coeur à coeur de l'indicible dans cette pauvreté de notre condition humain qui donne pourtant signification à notre existence.

Alors pourrons-nous devenir ces veilleurs de l'Espérance, annonciateurs que demain est déjà possible si nous savons expérimenter cet Amour qui place l'éternité dans le Sens de notre vie". Geneviève Demoures.

 


- Annonce de cette soirée, article du 21 mai 2018. Geneviève Demoures, psycho-gériatre, a une longue expérience dans les EHPADs, la consultation Mémoire, et l'accompagnement au quotidien des personnes malades et de leur famille. Elle a aussi une expérience personnelle puisque sa maman est touchée par cette maladie. Elle nous parlera sans doute de son combat qui est de "faire reconnaître que c'est une authentique maladie et non-pas de la vieillesse". Son association s'occupe de la formation des aidants et organise des activités pour retrouver une autre manière de communiquer. "L'idée de cette soirée est de réfléchir ensemble sur le thème : est-ce que la vie a du sens lorsque l'on voit toutes ces souffrances autour de nous dans le monde entier, et cette vie qui nous amène à la mort ? Est-ce que l'on peut trouver un sens dans la relation à l'autre ?..." dit-elle.

Mercredi 23 mai à 20 heures, à la salle Saint-Laurent près de l'église de Bersac au Lardin St Lazare, une rencontre débat de l'ARES aura lieu sur le thème : "pensez-vous que la vie a un sens ?"

- Entrée libre.

- Site internet de l'ARES

NOS PARTENAIRES :
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