Marcelle Delpastre, femme d’exception

L’Association Travelling ainsi que les sections de langue occitane de Terrasson et Montignac ont rassemblé un large public à Terrasson, au cours de leur journée d’Hommage à Marcelle Delpastre (1925-1998), spécialement choisie pour ce 8 mars 2026.

Organisé en trois temps forts et deux lieux, entre la Vitrine du Périgord et le Ciné Roc, cet événement a constitué une véritable immersion dans l’écriture et l’univers de Marcelle Delpastre.

Outre l’exposition qui sera maintenue jusqu’au samedi 14 mars à la Vitrine du Périgord, il y avait à 11 heures, au même endroit, des lectures d’extraits choisis de son œuvre en occitan et en français, puis, de 14h30 à 16h30 avec Jan Dau Milhau, poète, ami et éditeur de Marcelle Delpastre, une très vivante et riche présentation de son parcours et de son œuvre. L’après-midi, au Ciné Roc, Travelling proposait, après un déjeuner partagé, une  projection débat à 16h30 avec trois courts métrages : « Marcelle Delpastre, à fleur de vie », « Marcelle Parole », « Marcelle Delpastre, le chant végétal », en présence du réalisateur Patrick Cazals, qui a expliqué comment il avait repris quelques uns des mêmes éléments filmés pour répondre à des objectifs formels très différents.

Aussi douce qu’elle fut, cette immersion éclaboussait les esprits et donnait à penser, car elle mettait en lumière un renversement du regard bouleversant. En effet, ce qui s’affirme et vient se dire comme le plus essentiel aux yeux de la poétesse est ce qu’en général nous ignorons le plus : l’écoute de la montée de la sève des arbres, l’attention éblouie à la fleur du mirabellier, ou à cette poignée de terre qui pour elle contenait « tout ». 

Pour celles et ceux qui ne la connaissaient pas, cet hommage a été une fabuleuse découverte, une  rencontre unique, celle d’une femme profondément libre, d’une paysanne et poétesse au verbe puissant, d’une écrivaine et ethnologue irréductible à toute étiquette. Pour tous ceux qui la connaissaient ce fut l’immense bonheur de se laisser emporter par la scansion ample et vibrante de ses poèmes en occitan et en français, merveilleusement dits par Jan Dau Milhau qui a retracé son parcours de vie et d’autrice avec la chaleureuse connivence d’une longue amitié.

Née le 2 septembre 1925 à la ferme de Germond à Chamberet en Corrèze qu’elle ne quitta pratiquement que pour ses études, elle alla jusqu’au bac philosophie-littérature  qu’elle eut à Brive avec mention. Par la suite, elle quitta un début de formation aux Arts décoratifs de Limoges,  convaincue qu’elle irait plus loin dans l’écriture que dans le dessin ou la peinture où elle était cependant très douée.

Elle dit dans le premier court métrage réalisé par Patrick Cazals, « L’écriture ça remplit toute une vie, c’est la seule affaire de ma vie ». Et de fait, même si elle donnait beaucoup de son temps aux travaux de la ferme après le décès de ses parents, toute son existence semblait tendue vers l’exigence d’écrire ce qu’elle avait à dire, intimement certaine que son être ne pouvait s’accomplir autrement. Quant à son amour du patois limousin, langue qu’elle choisit dès ses 4 ans contre l’injonction de parler français aussi à la maison, c’est à la fois l’amour de sa musique et de sa philosophie implicite qui en font sa langue de prédilection, « La lenga que tant me platz », car elle « parle » un monde qu’aucune traduction ne saurait redonner dans sa chair. « La lenga que tant me platz a l’odor dau pan de blat, quand coi e coma en lo forn blandat », « La langue qui tant me plaît a l’odeur du pain de seigle, quand il cuit et mijote dans le four chauffé à blanc… » Certes elle  a aussi beaucoup écrit en français, en jouant même avec les deux langues dans « D’una lenga l’autra », mais elle reste une immense poétesse occitane.

Merci à l’Association Travelling et aux groupes d’occitan qui se sont joints à cet hommage autour de Jan Dau Milhau. Les œuvres de Marcelle Delpastre, notamment ses magnifiques psaumes comme « Le chasseur d’ombres » ou encore « Les chemins creux » de la mémoire, pour ne citer qu’elles, sont éditées aux Edicions dau Chamin de Sent Jaume et pour certaines doivent se trouver à la Médiathèque de Terrasson.

Jan Dau Milhau, musicien et poète occitan
Marcelle Delpastre
Patrick Cazals cinéaste

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