La salle des fêtes de Beauregard de Terrasson, quasi comble avec plus de 80 personnes venues pour le spectacle choisi par Itinérance Culturelle : « 7 minutes, Comité d’usine » de Stefano Massini, ce samedi 12 septembre 2026, a été saisie par l’intensité dramatique de cette pièce. Les acteurs de la Compagnie L’Entracte de Louans ont en effet plongé le public dans un huis clos extraordinaire de vérité humaine et d’intelligence. La mise en scène de Cédric Bechereau se concentre sur l’espace étroit de la salle commune où se retrouvent les 7 élues du comité d’usine (11dans la version originale). Elles sont 6 à attendre le retour de leur porte-parole, en réunion depuis des heures avec les « costards cravates » qui doivent décider de l’avenir de l’Entreprise Picard & Roche ( fermée? rachetée?). On assiste alors à un débat houleux donnant toute leur force aux échanges verbaux de ces femmes, tellement angoissées à l’idée qu’elles vont peut-être perdre leur emploi, qu’elles accueillent la « petite » condition demandée par la nouvelle administration, (réduire leur pause de 7 minutes) avec un « ouf » de soulagement, prêtes à voter « oui » sans discussion, quoiqu’elles engagent les 200 ouvrières qu’elles représentent…La situation, à laquelle font écho tant d’autres, notamment dans ce fief si marqué par l’histoire et la fermeture récente des papeteries de Condat, devient, par le génie de Stefano Massini, emblématique de toutes les situations où des êtres humains ont à décider de ce qu’ils peuvent (ou ne peuvent pas) accepter pour garder leur travail. Comment s’entendre ensemble sur le point où on doit arrêter le curseur et dire non, sous peine de perdre jusqu’à sa dignité? Car ceux qui mènent le jeu, les dirigeants du Comité d’entreprise, sont habiles à exploiter la menace du licenciement, la peur qu’il suscite à coup sûr, les divisions qui ne manqueront pas de se dessiner entre les élues du comité d’usine…
Ces femmes remarquablement présentes sur scène comme dans la vraie vie, et qui toutes ont des âges différents, des situations familiales et des histoires très contrastées, réagissent chacune « avec leurs tripes », et expriment, dans un cheminement orchestré par le doute de Blanche, leur porte-parole, qui leur demande de prendre le temps de réfléchir, les principaux positionnements que l’on retrouve dans tous les débats où des intérêts sont en jeu : la peur de perdre, la surdité à la situation des autres par victimisation personnelle, la méconnaissance des tenants et aboutissants de la décision imposée ou proposée…
Cette pièce, merveilleusement interprétée par les comédiens de la Cie l’Entracte de Louans, nous montre de quoi est tissée l’exigence démocratique de décider ensemble et de voter pour tous, en-deçà de toute idéologie politique et de tout militantisme. Elle pose une question clef : « la pause de 15 minutes est-elle un luxe ou un droit »? Et à l’analyse, quelles sont les conséquences réelles qu’il y aurait à accepter 7 minutes de moins? Combien d’heures de travail non rémunéré cela offrirait aux patrons en comptant le nombre total des ouvriers de l’usine? Est-il juste d’accepter cette supercherie masquée et quasi effacée par le spectre du plus grand risque de perdre son emploi? Le premier obstacle à l’esprit libre n’est-il pas la peur de perdre qui paralyse la réflexion? Comme l’écrit Stefano Massini : « Nous voulons être libres, mais nous avons peur de la liberté. Choisir, décider, est une obligation autant qu’une liberté. » Cette obligation nous coûte, elle met chacune et chacun en demeure de se positionner clairement et de rendre compte de ses raisons devant les autres, mais elle est belle parce qu’elle va au coeur de ce qui construit la possibilité d’une société humaine, via le dialogue sur l’intérêt général. Tout au long de la pièce, graduellement, le personnage de Blanche témoigne de la valeur de la décision réfléchie et du débat qui pointe le sens et l’enjeu du droit humain fondamental par delà l’immédiateté, la courte vue des intérêts particuliers.
Merci à Itinérance Culturelle en Terrassonnais et merci surtout aux comédiens qui nous ont offert ce spectacle époustouflant qui n’a laissé personne indifférent et a profondément touché le public.
Un bord plateau avec la troupe :
Les sept comédiennes et le metteur en scène Cédric Bechereau ont expliqué leur choix de jouer cette pièce. Le public a bien sûr fait le lien avec la fermeture toute récente, en mars dernier, de l’entreprise locale Les Papeteries de Condat. L’ancien salarié délégué syndical de l’usine du Lardin, Guy Bretout, était présent. Il a apporté son témoignage. Il est notamment revenu sur la disparition du fleuron industriel. Le journaliste de Sud-ouest, Clément Bouynet, qui a publié le livre Condat, le géant de papier, en avril 2026 aux Éditions Fanlac, a de son côté souligné certaines ressemblances entre la pièce jouée et les combats des salariés périgourdins qu’il avait suivis. Il a précisé que les plus anciens salariés étaient encore plus abattus et sceptiques que les jeunes quant à leurs chances de retrouver un emploi.







