Antigones plurielles au théâtre des Voyageurs de Mots

La compagnie théâtrale Les Voyageurs de Mots présente son grand spectacle : « Nos Antigones », au terrain de tennis de Saint-Amand-de-Coly (entrée face à l’entrée de l’Abbaye) mercredi 22 juillet 2026 à 21h. Une réinterprétation contemporaine du mythe d’Antigone à la croisée des oeuvres de Sophocle, Brecht et Anouilh. Comme l’écrit Christian Taponard, concepteur du spectacle avec Alan Bolle et toute la troupe des Voyageurs de Mots: « Antigone est un sujet d’une pertinence absolue à travers les siècles, et d’une actualité brûlante. Chaque mot de Sophocle, de Brecht, d’Anouilh, résonne et fait sens, mettant en perspective la petite histoire tragique ou tragi-comique de chaque être avec la grande Histoire.

Antigone nous accompagne et nous hante. Antigone nous révèle à nous-mêmes. Antigone nous bouscule. Antigone nous dérange. Antigone est notre conscience. Antigone est notre double et notre âme se reflète dans le miroir de ses yeux intransigeants ouverts sur un monde qui voudrait abolir toute singularité et faire de l’altruisme une anomalie et un crime… ».

Réservation conseillée sur https://www.helloasso.com/associations/les-amis-de-saint-amand-de-coly/evenements/fabulesques.

Interview audio de Christian Taponard, metteur en scène

Compte-rendu de Nos Antigone(s) sur Ewanews - 16 juin 2026 :

Samedi soir 13 juin 2026, à Montignac-Lascaux, la terrasse de l’Amitié a accueilli près de 150 personnes pour le spectacle donné par les Voyageurs de Mots : « Nos Antigones ». Comme cela a été immédiatement sensible au public, il y avait là quelque chose qui faisait penser, certes en modèle réduit, à la cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon, tant la mise en scène sobre et rigoureuse de Christian Taponard, et la  scénographie d’Alan Bolle dressaient un espace imposant, un dispositif épique  propice à la tragédie grecque, rythmée par les paroles des choreutes,  la musique et le chant de David Gourvat et Catherine Jousselin.

Les Voyageurs de Mots ont vu grand, ont fait du grand théâtre pour Antigone. Et cette création très originale, osant le possessif et le pluriel « Nos » Antigone »s », afin d’exalter l’éternelle présence, à proximité de nous encore aujourd’hui, de la femme qui se rebelle et ne capitule pas, a réellement conquis les spectateurs.

Certes depuis Sophocle en 441 av.J.C., Antigone est avant tout la figure du courage et de la dignité tragique de celle qui résiste, qui refuse de se soumettre à la loi arbitraire du tyran au nom d’une loi non écrite, « divine »,  inscrite au plus profond de sa conscience humaine. Mais comme Bertold Brecht a su le montrer en situant son Antigone en 1945 dans le contexte du IIIe Reich, la tragédie reste la même sous d’autres visages et dans d’autres contextes, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer une loi divine opposée aux lois de l’Etat. C’est la conscience humaine en sa raison naturelle qui dénonce l’injustice, et c’est un droit inaliénable de sa liberté de se révolter et de résister à l’oppression, à l’injustice, quelles que soient leurs formes.

Restituant complètement l’histoire entre son écriture grecque et cinq scènes du théâtre d’Antigone d’Anouilh, plus des textes additionnels, la création composée par Christian Taponard et jouée par la troupe des Voyageurs de Mots au grand complet, a pris le parti brechtien de quitter l’ancrage mythologique de l’Antigone de Sophocle pour venir à la rencontre de l’histoire humaine du monde contemporain. Et ils nous ont ainsi offert un épilogue bouleversant que nous ne saurions ici divulgâcher tant il était fort, haussant encore la valeur tragique de cette œuvre. Allez voir ce spectacle engagé et sublime qui sera redonné mercredi 22 juillet 2026 à 21 h au terrain de tennis de Saint-Amand-de-Coly, vous en mesurerez par vous-mêmes l’invention scénique, la beauté, l’intérêt humain et la grandeur.

Partager :